Par Yvette (2006) et Oranaiso (2009)
J’avais une dizaine d’année quand je suis venue habiter pas très loin du front de mer.
J’avais 30 ans quand j’ai rejoint ce même front de mer…en habitant à 300 mètres.
On l’appelait comme ça cette superbe ballade qui allait d’un bout à l’autre.
On a continué à l’appeler comme ça, même en arabe, c’était la même chose avec un « r » roulé sur le front et sur la mer.
Il démarrait pas très loin du lycée et de l’EGA, d’où je partais, ce grand boulevard et serpentait en larges courbes, saluant aux passages les jolis immeubles qui le bordaient sur la gauche ou la droite, suivant que l’on descendait ou remontait ce paseo.
Géographiquement, rien n’a changé, hélas par contre, l’état des immeubles laisse à désirer…ce haut lieu de promenade est devenu l’espace de tous les interdits sociaux…le lit de tous les sans logis aussi.
Il se terminait à la promenade de l’étang, tout au
loin, au moins pour moi car c’était le terminus pour revenir. Un moment merveilleux de halte dans un endroit si beau, ce jardin à la vue
imprenable.
Au bout, maintenant, sur le petit rond point, se trouve une « espèce de lampe d’Aladin en mosaïque » géante et béante. Dénotation ? Enrichissement ? Je ne saurai le dire.
Le jardin ou promenade de l’étang, lui est toujours là, le coin des amoureux où l’on se cache pour s’aimer. Et c’est bien grâce à la présence du Messe des Officiers à côté, que l’on doit l’entretien et la propreté du lieu.
J’y allais très souvent, avec une ou deux copines.
Nous prenions, ce long, large et interminable « trottoir » dallé avec ses palmiers, ses bancs face à la mer et sa rambarde en fer forgé ouvragé, sur laquelle on s’appuyait et qui était si chaude sous le soleil et fraîche à la nuit tombée.
Justement, ce boulevard fut d’une extraordinaire animation lors des soirées du Ramadhan : spectacles, danses, promenades, dégustations de glaces et rencontres entre amis. Ce fut avant les années noires, mes années de jeune insouciant et confiant !
Un peu plus grandes, quand on n’allait pas le dimanche chez une copine, ou dansait en boum ou en plein air ou encore au cinéma, on filait au front de mer.
On se mettait sur notre 31. Il n’était pas question de ne pas être belle.
On se mettait aussi sur notre 31, pas question de ne pas être beau.
Et, souvent les nénettes, nous étions intéressées, car nous avions un rendez vous avec le béguin du moment.
Chacune de nous, servait d’alibi à l’autre pour les mères un peu regardantes. « Ne vous inquiétez pas Madame, non, on ne va pas loin, oui on revient à… » et de définir l’heure du retour que nous respections.
Et hop on était déjà parties, on filait…
Nous on savait bien que sur le front de mer, les filles étaient belles et prêtes à regarder les garçons…Ce fut notre lieu de rendez-vous aussi !!!
Rien n’a changé dans la culture de ce boulevard.
Ils faisaient comme nous les garçons, ils venaient au front de mer, et rarement seuls, mais à deux ou trois. Ils étaient super sapés, beaux comme des petits cœurs…ils nous le faisaient d’ailleurs palpiter le corazón quand on les voyait arriver de loin…
Surtout pour celle qui était l’élue du moment, elle marchait devant ou derrière avec son chéri pour les petits secrets échangés et on respectait, on les laissait un peu seuls les deux amoureux. En plus on était contentes pour eux.
Rien n’a changé sur ce front de mer…les filles sont maquillées et en foulard, les garçons n’ont juste pas le droit le leur prendre la main !
Et puis pour les autres, on arrivait toujours à trouver un amoureux…car nous ne nous posions aucunes questions existentielles….Le contact était simple.
Juste un bémol pour moi, j’étais « chiante » il fallait que le garçon semble avoir quelque chose dans la tête…cela paraît prétentieux avec le recul, car j’étais jeunette mais quand même…c’est ce qui m’attirait avec un gentil physique…
Quand l’un de nous avait rendez-vous, on se faisait accompagner par les copins, on disait : « mais venez, elle ne va pas venir toute seule, il y aura ses copines aussi, vous verrez !! ».
Car, si le physique devait compter un peu, mais pas vraiment, le reste aussi. J’ai toujours aimé communiquer et si face à moi cela ne répondait pas, en dehors des bisous échangés et des gestes un peu baladeurs, je laissais… idiot non ? Au fait quand je parle de flirt, cela restait innocent, nous n’étions pas intrépides, les filles. Les garçons non plus, on apprenait ensemble !
Pour nous toutes les filles qui se balladent sur le Front de Mer sont belles!
Il y avait aussi les soirs pour les ballades. Là quelquefois, une mère ou deux nous accompagnaient. On partait en groupe de l’EGA. On se disait, avant d’aller souper, « tu descends à telle heure… et on s’attendait devant la porte des immeubles…
De nombreux EGA sortaient après dîner pour le front de mer.
C’était magique…on avait la fraîcheur, les odeurs de la nuit, les lumières, le port, mon dieu ce port….et le mystère du soir…
Et puis, comme il faisait nuit, on pouvait « déconner » plus, on se lâchait, on marchait devant, la mère ou les mères suivaient derrière.
Et là encore, on retrouvait les garçons et on continuait a marcher ensembles de front, nous séparant juste pour laisser passer les promeneurs.
Je redis encore que la nuit, autorisait des moments sympas, on se planquait derrière les palmiers, on squattait les bancs, les garçons souvent grimpés sur les dossiers.
Quand ça marchait, on prenait un banc, la fille assise, le garçon sur le dossier. Tout en racontant ses petits secrets, il guettait qu’aucun frère ni proche de la jeune fille ne s’approchait...
Et puis il y avait aussi les militaires, alors, sauf erreur, je me souviens que ces jeunes hommes venaient pour la ballade, le moment de détente et aussi pour la drague.
Il y avait aussi les militaires, on ne les aimait pas, car avec leur tenu, ils avaient plus de succès auprès des filles que nous avec nos habits de ville…Les week-ends, c’était un peu galère car ils étaient tous là !! Moi je n'y allais pas.
Soit ils retrouvaient une chérie élue, soit ils venaient nous voir quand nous étions seules les filles.
Mais il n’y avait jamais de rentre dedans vulgaire, ils voulaient juste passer un moment et discuter. Bien sûr, cela pouvait aboutir à un début de flirt et comme on dit…plus si affinités…
Et on le savait bien qu’ils avaient la tchatche plus facile avec les filles…
Ce front de mer m’a donné, dans ma courte jeune adolescence avant de partir et où j’ai pu le connaître, le sentir, m’y reposer, me remplir les yeux de ce magnifique point de vue sur la mer, le port… de formidables moments de bonheur, de tendresse, et de nostalgie sans fin…maintenant.
Le passé ne se refait pas, le temps ne se remonte pas, ce qui fut n’est plus
Voilà une toute petite parenthèse dans une vie qui était, forcément, belle si belle.
Ce front de mer, si ouvert, si agréable, si accueillant s’est brusquement fermé à mes yeux, en octobre 1998, quant une bombe explose dans une boutique de chaussures, au moment où je passais le peigne sur mes cheveux avant d’aller rejoindre ma bande de copains là-bas…
Et si un truc, en moi, me disait que mes amis n’avaient rien, je n’avais aucun moyen de le vérifier. pas portables à cette époque encore. Les consignes étaient claires : « si explosion surtout ne pas sortir de chez soi » ! Il fallait attendre. Je ne voulais pas appeler chez eux de peur d’inquiéter les parents.
Mes amis se retrouvèrent tous chez moi, court-circuitant le côté chaud, en passant par la rue de Mostaganem et descendant chez moi par la rue Marcel Cerdan.
Tous sauf un : A.T
Il est arrivé, un peu plus tard, au grand soulagement de tous, jurant sur le pas de la porte : « je partirai, je ne suis pas mieux que ceux qui sont partis en 62, c’est la vie, je leur laisse tout, je n’en veux plus ! ».
Aujourd’hui, nous sommes tous partis, loin du Front de Mer, sauf lui, A.T.
Yvette Pascual 2006
Oranaiso. 2009
Ton amie toujours.
Yvette de gambetta.
yasmina
Peut être ne reviendras tu pas pour lire ma réponse, je veux que tu saches que moi aussi j'ai la tête plein des souvenirs si beaux que nous avions là bas, et que je me vois flanant aussi au soleil de ce bld front de mer, je revois la nuit magique avec les lumières du port, tu imagines, j'en suis partie j'avais tout juste 18 ans. C'est toujours un déchirement.
Amicalement à toi.
Yvette
C'est toujours un plaisir de te lire, ton récit sur le Bd Front de mer m'a fait voyager plus de vingt ans en arrière, il m'a fair revivre mes balades sur ce boulevard unique en sa beauté, mes aventures multiples, c'est vrai que depuis quelques temps, je ne l'emprunte qu'en voiture, et c'est toujours un plaisir de le longer, je voudrais juste rajouter une petite touche d'optimisme, il y a plusieurs autres "AT" qui sont restés et j'en fais partie, la vie continue et on garde espoir.
Merci ORANAISO.
Je ne pense pas que Dr AT s'en plaigne, lui d'être le seul à être resté. Et franchement Omar, personne ne t'a mis dehors. Arrête donc tes jérémiades à propos d'une Oran que tu ne vois belle que dans ton souvenir.
Tu écris toujours aussi bien. Mais ce n'est que de la littérature. Tu te laisses emporter par ta plume, plus par tes pinceaux. Dommage. T'étais bien parti. Et tu es bien parti aussi.
Bien à Toi,
Moi.
Je te precise mon frêre oranais que rien ne dit que AT est Dr d'une part, et puis de passer par ici un court moment pour voir ce que "nous" enfants d'après 62, avons laissé faire sans réagir....d'autres parts!
Quant aux gérémiades, ce sont, comme tu le dis si bien, mes souvenirs et non les tiennes hélas pour toi....Je n'avais pas de voile devant les yeux ce qui m'a permis de bien les conserver pour pouvoir, aujourd'hui les partager.
Oranais, je suis né, et Oranais là où je serai.
Quant à mon pinceau, il s'exprime toujours, à son rythme, à celui de ma vie aussi...
Je te souhaite toute la paix dont tu as besoin avec autant de "LIBERTE"!
salam "Moi"
Oranaiso
Salut Omar