Il n'y a pas eu de chaleur excessive ce matin.
J'ai pu prendre mon petit déjeuner sous le parasol fraîchement posé la veille au soir, devant le perron de la maison.
La maison dort encore, le chat allongé à mes pieds me surveille du regard pour bondir et jouer avec la moindre parcelle de moi qui oserait bouger.
Je lis...je parcours les mots de ce livre qui ne me plaît pas d'ailleurs. je me dis que je devrais ne pas le finir, et l'abandonner en plein milieu de l'histoire qu'il veut me livrer.
Je me connais, je le finirai quitte à ne m'en faire aucun avis.
En lisant je pense à tous les miens partis, à ceux qui vont suivre; entre ceux qui attendent sur le pas du départ et ceux qui vont certainement créer l'amer surprise en quittant la table de
façon imprévue et inattendue.
Je pense à Habib, parti sans souffrir, à 80 ans, parti après avoir bien vécu, laissant des enfants grands et une femme toujours amoureuse, toujours élogieuse à son égard.
Cet homme, qui m'avait marqué par son côté bricoleur méticuleux, par son sourire quasi figé sur sa figure joviale et accueillante, par la chaleur de son étreintequand j'allais le voir. cet homme
qui sentait bon "le papa", dont la maison à été pendant longtemps, le seul horizon à la mienne, avec son jardin fleurie où j'ai joué, très petit, puis petit avec ma soeur adoptive, sa fille. Cet
homme par qui j'ai connu les premières voitures, les premières ballades et le souk de la ville nouvelle, où il avait une des plus grandes boutiques.
Certes la vie, ne nous a pas permis, à ses enfants et à moi, de garder le lien fort, qu'il aurait aimé, certes la vie nous met parfois sur des rails opposées et divergentes, certes la vie laisse
prendre dans nos coeurs, des places pour des haines et reproches incertaines et inutiles, des preuves d'incompréhension et d'intolérance des uns envers les autres, certes tout
ça...mais!
Nous nous aimons. de cet amour inconditionnel qu'ont les membres d'une même famille.
Car nous l'étions.
une famille mélangée, par ses coutumes et ses habitudes, une famille où les vêtements se passaient du grand au petit au fur et a mesure que le temps passait. Une famille où la plus jeune,
reconnaît ma voix au téléphone même si j'appelle une fois tous les deux ans.
J'aurai aimé être là pour te dire Adieu.
J'aurai aimé être là, pour te dire que notre rue Kitchener a encore perdu un pan de son histoire.
pour te dire que Mdina jdida n'aura plus, à mes narines, l'odeur du café fraichement moulu et celle du tissu neuf, ni les couleurs riches des MENSOUJS fièrement suspendus sur le seuil de ta
boutique.
Qu'il n'y aura plus, tous ces Haiks, rangés sur cette étagère de gauche et que seules les jeunes fiancées regardaient pour en choisir la pièce unique manquante à leur trousseau.
J'aurai aimé être là, pour te pleurer avec tes fils, mes frères et ne pas vivre, encore une fois, la frustration de pleurer les miens de loin.
J'aurai aimé, ce matin pouvoir me balader dans ce cimetière..te rendre visite et rendre visite à ma mère, orner vos tombes de jolies bouquets achetés à Toulouse, même si je sais, maintenant,
qu'on vole les bouquets de fleurs sur les tombes du cimetière d'Oran.
Tu vois, Habib, on aurait pu se dire encore, pas mal de choses...
Nous ne serons pas présents, plus au même endroit, ensemble, pour en parler.
Je regarde le chat qui vient de sentir l'odeur de la confiture sur mon bout de pain resté dans ma main, il me fait revenir à mon jardin et à mon fils qui se réveille, et qui a, comme chaque matin, une question à poser en guise de bonjour....
Je le prends dans mes bras, tant qu'il veut, tant qu'il est encore petit, j'en profite.
Il me dit: je t'aime papa....
Je le serre encore plus fort et je prends ma journée en main.
A demain.
Je suis loin de chez moi, chez ma fille pres de Barcelone a Villadecans exactement, et justement ce rapprochement d amour, me fait sentir encore plus les mots que tu ecris
et ressentir ce sentiment de peine, alors ne rien dire de plus
qui ne soit de trop...
Tu sais mon amour du "pays" et ma souffrance de cette absence...
Fraternellement a toi qui vivait si pres de chez moi
et amicalement aux lecteurs
Yvette de Gambetta