Je me retrouve donc dans ce monospace, en cette matinée du 14 mai 2006, sur la route qui mène à Jérusalem.
Nous étions huit, cinq juifs, deux catholiques et un musulman : moi.
Le jour s’est levé depuis plus d’une heure maintenant. Le hasard a fait que les trois grandes religions monothéistes soient représentées au sein de ce petit groupe de pèlerins improvisés.
Notre guide était juif israélien, il était le guide et le chauffeur en même temps.....Il a parlé durant tout le trajet dans un monologue monocorde.....moi je ne l’entendais pas ou presque.....
Nous avons vu le mur qui se construit toujours, pour isoler les arabes, pour séparer des familles aussi.
Le guide le compare à n’importe quel mur du périphérique parisien servant à stopper le bruit !!
Le mur que je voyais se dressait entre deux mondes ; un mur qui allonge la route de ceux et celles qui tous les jours doivent passer d’un côté ou de l’autre pour rejoindre leur famille ou leur travail. Cependant cette route ainsi allongée ne concerne que la population palestinienne….Pour notre guide, le mur se démonterait d’un simple dévissage de boulons à sa base, une fois la paix revenue !!!
Ridicule de vouloir éteindre le feu avec des actes hautement inflammables.
Je m’enferme dans mon silence en pensant à cet espace qu’on leur prend après avoir pris leur identité. J’ai compris que ce guide n’était pas très objectif et heureusement pour moi, j’ai eu l’occasion de discuter avec d’autres israéliens.
Seul check point sur la route à hauteur de Mody’in, une ville construite à mi-chemin entre Tel Aviv et Jérusalem. Nous sommes ralentis, on arrive à hauteur du poste militaire où des jeunes filles soldats nous saluent, font le tour du véhicule, et nous font signe de continuer....
Je n’ai à aucun moment éprouvé un quelconque sentiment d’insécurité. C’est peut-être dus au fait qu’en Algérie, durant la deuxième guerre de ce pays, j’ai eu à vivre ces checks point et ces arrêts sur les routes.
Impressionnante la verdure sur la route, l’irrigation au goutte-à-goutte a fait des miracles dans ce pays !
Nous nous approchons de Jérusalem, mon cœur changea de rythme, l’impression de l’apesanteur…de légèreté… sentiments agréables et excitation de l’enfant à la veille d’un départ en vacances.
Le silence s’installa dans le monospace.
Le soleil apparaît fièrement à ma gauche,
Je tourne la tête vers la droite pour l’éviter et je le vis…
LE DOME : doré étincelant là devant moi.
C'est le soleil qui m'a ainsi montré le chemin, je me dis en moi-même.
Je fus saisi par une rencontre irréelle : mon père, je l’ai eu à l’esprit à cet instant précis. Je connaissais son amour pour ce lieu...
Soudain la peur de ne plus le revoir s’empara de moi et je me dis que c’est peut-être la seule façon de le voir, que tout est barricadé, que ce guide ne m’emmènera pas jusqu’au DÔME.
La personne qui était à côté de moi, Stéphane, qui connaissait ma confession, mit sa main sur mon bras et me dis « ne t’en fais pas on arrivera jusqu’à l’esplanade, nous voulons tous y aller... ».
Une fois le moteur arrêté, je suis sorti de la voiture. Déposant mes pieds sur le sol de Jérusalem, je me mis à répéter en moi « lailaha ila lah » ( il n’y a qu’un seul Dieu : Allah), je revis à cet instant où j’écris ces ligne, l’émotion de ce moment....la charge historique du lieu faisant danser un sentiment de paix extraordinaire!!
Je regardais la ville autour de moi, les pierres blanches partout qui donnaient à Jérusalem la pureté apaisante d’une ville sainte.
La ville de tous.
Je prie pour toi ville de paix, ville de toutes les prières, comme dit Fairouz dans la chanson.
Je me mets à marcher derrière le groupe, je voulais avoir mon propre rythme.
On arrive ainsi à la vielle ville entourée par le MUR, la première rue qu’on a empruntée était la rue Omar Ibn El Khattab ! Quelle coïncidence pour l’accueil d’un Omar OMMARI !!
Ruelles parfumées d’un souk...tapis, poteries, oranges et surtout j’entendais parler arabe : Salam alikoum, marhaba.......j’ai été reconnu par ma communauté, je suis au milieu des miens.....à Jérusalem. Il y avait un tel bonheur à fouler le pavé, j’aurai aimé qu’il ne se termine jamais et que le restant de mes jours ne soit qu’un chemin menant à l’esplanade.
Le guide continuait à parler et moi définitivement je me suis déconnecté de son explication. Il y avait dans l’enseignement religieux reçu, assez de tolérance et de savoir pour me guider simplement dans la ville.
Et puis cette ville m’a ouvert ses bras et je vais la découvrir et l’écouter contant son histoire elle-même.
El Qods, une autre ville plaie entre les peuples, sous le soleil réparateur, qui suspend l’auréole de la sainteté au dessus de ses maisons.
Je regardais devant moi, espérant revoir le DOME bénit....ma marche a prit l’allure étrange de celui qui voulais mettre les pieds sur toutes les dalles de ces ruelles étroites et ombragées... « ce chemin te mènera vers la lumière » me dit une voix......je répète « la ilaha ila lah », soudain je vois le MUR devant moi haut de ces milliers d’années d’Histoire et de prières, je lève la tête, derrière le mur, le dôme était là : « la proximité religieuse » est saisissante.....
Un conflit qui se résume à quelques mètres carrés !!
Nous avons essayé tout de suite d’aller sur l’esplanade des mosquées mais le passage était fermé.
DECEPTION, nœud inavoué au fond de la gorge.
Le guide la lit sur mes yeux et comprend. Il m’a surtout situé !
Il est parti alors se renseigner et revint me dire que je pourrai y aller vers 13h après la prière du D’hor.
Il aurait pu me dire qu’en passant par les quartiers arabes, j’aurai pu y être sans contraintes !!
Mais avec beaucoup de suspicions sur ma tête.
Non…je reviendrai vers 13h.
Ce n’est pas grave si je n’y arrive pas au moment de la prière. Il fallait juste que j’y sois, pour cette fois !
On profite de ce temps d’attente pour aller visiter le tunnel creusé sous le MUR, un tunnel qui traverse tout le quartier musulman. On passe à un point très proche du Rocher, qu’on appelle aussi, le saint des saints, là 80 mètres me séparent du sous sol du DOME. La tradition juive consiste à glisser entre les pierres un bout de papier où on écrit une prière.
J’ai pris un petit bout de papier et un stylo, je griffonnai en arabe « La ilaha ila lah, salam âla Elqods oua man fiha, salam salam salam ! » (Il n’y a qu’un seul Dieu, paix sur Jérusalem et sur ceux qui y vivent, paix, paix, paix). Je le glisse donc entre deux pierres très haut situées, pour que ma prière arrive vite au ciel....il y a avait urgence !
Nous longeâmes le mur dans sa partie souterraine pour sortir dans une ruelle juste en face de l’église où commence le chemin de Croix , première étape donc, sur ce sentier et première émotion réelle en réalisant que Jesus ( âlayhi es-salam) a marché sur ses dalles.
Nous fîmes ainsi deux autres étapes sur ce chemin, puis vint l’heure de revenir à l’esplanade.....
Subitement, la ville se mit à battre en moi, d’un rythme paisible. Je voulais croire à la paix sur cette route qui me menait à la Rencontre de Dieu.
A l’entrée du couloir qui mène aux mosquées, un long couloir couvert entièrement de bois et fermé à tout regard externe. Je dépasse le groupe…je marche seul et j’arrive.
Je rentre.....silence !
J’inspire fort l’air ambiant, mes yeux osent à peine regarder autour.
Steven me cherche derrière...je le laisse me chercher.
Je presse le pas vers la mosquée d’El Aksa, devant la porte un palestinien m’interpelle : « muslim ? »
Mes larmes lui ont répondu.
Il me prit par le bras à part et me dit en arabe « minine inta ya akhi » (d’où tu viens mon frère), je me suis demandé si ce n’était pas un ange, tellement son arabe et sa voix était paisibles. Je lui dit que je venais de France, et que j’étais d’origine algérienne. Il s’arrêta net....m’apprend qu’il n’avait jamais rencontré un algérien et qu’il était très honoré par ma rencontre.
Devant la porte, un policier israélien me posa quelques questions sur ma confession de foi : je dis simplement « la ilaha illa lah », on m’ouvrit la porte :
J’etais dans la mosquée.
Mon Dieu.
Oh humains de tout bord, j’y suis !
Je trébuchais en marchant. Mon guide des lieux, Raouf, me mena au mihrab, juste devant et me demande si je voulais prier, je dis oui sachant que mes jambes n’allaient pas me suivre....
Je prie, seul….
Je me prosterne, mon corps se mit à trembler, des secousses internes que je n’avais jamais vécues de ma vie, je n’avais conscience que de mon nom….j’étais seul au monde !!
Raouf me réveille en me demandant de faire des prières pour les miens. Je le regarde perdu, les yeux en larmes, il me recadre alors en me demandant le nom de mes parents, de mes enfants, de ma femme…me demande de répéter après lui : porte les sur ton aile droite et accorde leur le meilleur des chemins, que mes parents ressentent mes prières de la haut et qu’ils en soient fiers, que mes enfants puisent dans la réussite et la sagesse sans limites et que mon épouse, mère de mes enfants, me soit amie et amour comme je le suis pour elle. Bénits soient le lien de la famille, le lien des amis et de tous ceux qui ont la foi en Allah en Mahomet et en tous les prophètes.
Je reste un moment prosterné : dix minutes, vingt…..je ne peux le dire.
Raouf me rappelle que le groupe m’attend dehors.
Je me lève alors pour sortir le rejoindre…il me dit qu’il y avait le Dôme du Rocher à voir aussi…..je le suis.
Nous sommes sortis de la Mosquée, nous traversâmes l’esplanade….devant l’entrée du Dôme, le garde israélien, me demande là aussi ma confession de foi. La ilaha ila lah. C’est mon password en ces lieux, un password attribué dès ma naissance.
Je me retrouve donc dans ce lieu, avec des Femmes et des enfants. L’Islam est ici plus tolérant qu’ailleurs, les femmes ne sont pas séparées des hommes pour prier en ce lieu où Mahomet mena la prière devant tous les prophètes ressuscités lors d’une nuit magique : la nuit du Israâ oual miîradj ( 22 août cette année 2006).
Il y avait un enfant qui s’est allongé devant moi alors que je faisais une deuxième prière.
Il m’a fait rappeler mon fils, Rémy.
Je quitte ce lieu avec une seule envie : y revenir encore une fois.
Raouf avait disparu.
Je rejoins le groupe. On me fit remarquer que j’ai fait vite pour visiter l’intérieur des deux lieux !!
Stéphane, déçu, trouve anormal qu’il ne puisse pas rentrer dans la mosquée. Moi aussi, mais l’interdiction est tombée depuis qu’un extrémiste australien a tenté d’y mettre le feu.
L’islam ne peut interdire à un humain de rentrer dans une mosquée sauf aux heures de prière et à condition qu’il soit dans un état de pureté de corps.
La visite a continué en reprenant le chemin de Croix, la via Dolorosa, le aint Sépulcre où le tombeau du Christ me fit arracher des larmes de douleur et puis la treizième étape, Marie, la pure (âlayha essalam) regardant son fils se faire crucifier.
Emotion, émotion quand tu nous tiens
Emotion quand tu nous réveilles !!
Je fis quelques courses : des cartes, des chapelets, quelques poteries.
Je reviendrai.
J’ai vécu le reste de mon séjour en revivant dans ma tête Jérusalem.
En revenant en France, sur le vol Tel Aviv – Paris, un journaliste français s’est assis à côté de moi.
Nous avons engagé la conversation : il était envoyé spécial d’un grand Journal dont je tairai le nom et rentrais en France se reposer avant l’été.
Il reviendrait en juin couvrir les événements. Il me dit que cet été ça allait chauffer dans la région.
J’avais compris Gaza, à la limite Jérusalem, a aucun moment je n’ai eu le Sud Liban à l’esprit.
Je pense encore à la chanson de Fairouz : « Paris Ô fleur de Liberté, Ô Or de l’Histoire, le Liban t’adresse avec mon cœur Paix et Amour
Le Liban te dis que vous vous retrouverez sur la rive de l’Amitié, de la Vérité et du droit des hommes à la vie »